Dans une récente interview, la fille de Sékou Touré a indiqué que les crimes commis par son père étaient des erreurs justifiables par la difficile mission d’ériger une nation et de prétendus sabotages de la France.

L’AVCB condamne cette déclaration qui banalise des crimes contre l’humanité du PDG qui hantent encore la conscience de notre pays. Notre organisation rejette catégoriquement les excuses fallacieuses qui veulent faire de la France la responsable de la barbarie dont se sont rendus coupables Sékou Touré, sa famille et leurs acolytes.

En Juillet 1985, la junte militaire du CMRN commit l’erreur grave de ne pas traduire en justice les criminels de la famille de Sékou Touré et leurs complices. Un procès ouvert aurait édifié le peuple de Guinée sur l’ampleur des crimes du PDG. La fille de Sékou Touré a certes séjourné dans des cachots où les victimes de son père ont péri. Même si elle n’a pas subi les traitement inhumains et dégradants infligés aux victimes du PDG, elle a vu les affres du système légué par son père. Il faut une dose de cynisme sans limite pour qu’elle ose qualifier d’erreurs ce système inique.

Le temps de revisiter le règne macabre des siens est inscrit sur les murs de notre histoire future. Les populations éplorées de notre pays prennent bonne note de sa mauvaise foi et de son cynisme qui cherche à enterrer et semer la confusion dans la mémoire collective de la nation. Dernier résidu du règne par mensonges, complots et crimes dans lequel elle a grandi, la fille de Sékou Touré se trompe d’époque. Les Guinéens conscients cherchent à tirer les leçons de leurs échecs. A l’exception des criminels, ils font courageusement face à leur histoire. Ils savent faire la part des choses.

Certes, la puissance coloniale que fut la France a des responsabilités historiques par rapport à ses colonies. À travers les générations et les âges, des processus permettent d’élucider le passé colonial, retenir et encourager ce qui a été bénéfique, cataloguer les crimes des occupants pour se projeter vers l’avenir.
Le fait que la mafia du PDG continue à rejeter sur la France ses tares tout en se proclamant avant-garde de la libération de l’Afrique est une forme de politique criminelle et irresponsable.

La réponse adéquate aux prétendus assauts du colonialisme français contre le régime de Sékou Touré eut été de construire une Guinée viable et non de décimer le potentiel humain précieux. La mafia du PDG préfère encore de nos jours la pratique facile, éculée et malhonnête du bouc-émissaire. Elle cherche à s’évader de ses responsabilités et à rejeter sur la France les crimes par elle commis. Mais elle ne trompe personne.
• Ce n’est pas la France qui a mandaté la Tchécoslovaquie de former la police et les milices guinéennes aux techniques de tortures pratiquées sous le règne de Sékou Touré,
• Ce n’est pas la France qui a créé les camps Boiro,
• Ce n’est pas la France qui a organisé des simulacres de procès de foules, de tortures de détenus privés de toute assistance juridique et affamés dans le but de leur faire lire des aveux préfabriqués,
• Ce n’est pas la France qui a creusé des charniers à travers tout le pays pour ensevelir des dizaines de milliers de guinéens, fusillés, pendus ou enterrés vivants, en violation de toutes croyances ancestrales et de bienséance morale,
• Ce n’est pas la France qui a décimé l’intelligentsia guinéenne qu’elle avait contribué à former ; ni la classe d’hommes d’affaires et de politiciens qui commençait à émerger après l’abolition de l’indigénat,
• Ce n’est pas la France qui a instauré un système de terreur, de délation et de prostitution politique de mineures qui détruisit le tissu social et familial de notre pays.

Etendus sur une période de plus de 26 ans, avec des répétitions systématiques, ces actes ne peuvent être des erreurs. Ce sont des crimes imprescriptibles, prémédités. Ils sont inspirés par une barbarie impossible à appréhender qui a cherché à détruire les fondements de notre société et de notre histoire. Trente-cinq ans, après la mort du dictateur, la Guinée reste profondément marquée par ce règne barbare sur tous les plans économiques et social: manque d’électricité, d’eau, de routes avec de surcroît une éducation en ruine et des élites prédatrices.

Feu René Alsény Gomez, ancien détenu du Camp Boiro résumait le règne de Sékou Touré en ces termes: « Dans le domaine des droits humains, vingt-cinq (25) complots ou purges politiques en vingt-six (26) années de pouvoir, dix-huit (18) séries d’exécutions, huit (8) séries d’éliminations par inanition, des prisons à travers tout le pays qui étaient en réalité de véritables camps de la mort, dont le tristement célèbre camp Boiro était le symbole. Tout cela avait contribué à la liquidation sans procès de plusieurs milliers de guinéennes et de guinéens, et à la fuite de plusieurs centaines de milliers d’autres ainsi contraints à l’exil (un tiers de la population). Pour tous les survivants, ce fut une longue et pénible traversée du désert, parsemée de faits et de pratiques qui ont portés de graves préjudices et un rude coup aux fondements même de notre société dont les principales caractéristiques sont entre autres : -la cohésion familiale et le respect des anciens, la croyance et la pratique religieuse, le respect de la personne humaine et le respect et la commémoration des morts".

Il est plus que jamais impératif pour tous les Guinéens épris de progrès, non seulement de rejeter le système aberrant qui fut érigé par Sékou Touré, mais aussi de travailler à éradiquer ses séquelles qui, encore enfouies, permettent non seulement la résurgence de ces avatars, mais empêcheront tout progrès dans notre pays.

L’AVCB s’est donnée pour mission de contribuer à cette lutte à travers la recherche de la vérité et le rétablissement des victimes dans leurs droits bafoués. C’est la seule voie pour permettre une réconciliation des Guinéens avec leur histoire et ce à quoi ils aspirent.

PLUS JAMAIS ÇÀ

Le Bureau Exécutif
Conakry, le 18 septembre 2019

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